Sortie oiseaux hivernants du Ventoux

 

Une sortie à qualificatifs

Il existe comme ça des sorties que l’on a du mal à qualifier d’un simple mot.

Cette traditionnelle promenade sur les pentes neigeuses du Ventoux était censée nous faire découvrir la petite avifaune montagnarde qui anime en cette saison les forêts de notre géant de Provence.

En me repassant le film de cette journée, il me vient à l’esprit, non pas un qualificatif puisé dans les réserves de notre vieille et belle langue mais plusieurs tels que : baroque, déroutante, déconcertante, singulière, insolite, fantaisiste, originale, ou tout simplement abracadabrantesque (rien que ça…).

D’entrée, sur notre lieu de rendez-vous le ton était donné : à la place de notre paisible et silencieuse petite place de Bédoin un dimanche matin, nous tombons sur une foule colorée et bondissante, au milieu de hauts parleurs vociférant, nous obligeant à négocier notre passage auprès d’organisateurs en tenue fluo. Nous arrivons pile-poil sur le départ du mythique trail du Ventoux !

Certes, les créatures aux corps de rêve piaffant sur la ligne de départ et prêtes à en découdre sur le col des tempêtes magnétisent nos regards, mais ce n’est pas vraiment ce à quoi je m’attendais en ce dimanche matin !

Notre conducteur de troupeau, Laurent, en bon berger, part récupérer 2 jeunes filles égarées qui viennent faire avec nous leur première sortie.

Les 2 jeunettes qui ne font qu’accentuer le ressenti de fraicheur ambiant, ramenées au bercail, nous partons vers le chalet Reynard (sans collants ni baskets! ).

Nous ne serons pas au bout de nos surprises en découvrant tout là-haut qu’il y a aussi un rassemblement dominical de vieux tacots, dont on se demande comment ils ont pu grimper jusqu’ici, et pour faire bonne mesure, une course de traineaux à chiens.

Certes les Samoyèdes et les Huskies sont de bien beaux toutous, mais la logistique qui les encadre, au milieu des nombreux spectateurs de la course, commence à faire un peu désordre sur notre Fugiyama local.

Heureusement, pour se donner du cœur à l’ouvrage, Maryvonne sort le « Ciambellone » magique et notre petite troupe tente une percée au milieu de cette multitude bruyante et colorée digne d’un tour de France.

La neige, le verglas, le froid Sibérien accentué par un blizzard à décorner les « bious » et la délicate odeur d’oxyde de carbone exhalée par tous ces moteurs à explosion (laissés en marche on ne sait pas pourquoi si ce n’est pour réchauffer les passagers) auront vite raison de notre moral d’avides explorateurs.

Nous décidons donc de fuir cet enfer blanc en direction de Sault.

Exceptée la présence improbable d’un Pic noir qui décolle dans nos roues, on se demande où sont passés nos amis emplumés.

Le temps passe et je n’ai plus qu’une obsession : que personne ne prenne froid au moment crucial du casse-croute. Heureusement, un abri providentiel sur la commune d’Aurel nous tendra miraculeusement les bras, juste au moment de l’apéro.

Douceurs sucrées et verres à ballon s’échangeront d’une table à l’autre dans cette ambiance chaleureuse qui caractérise nos retrouvailles.

Laurent qui ne perd jamais le nord et garde la tête froide en toute circonstance, tient absolument à arriver à 2 chiffres sur le nombre des espèces rencontrées.

C’est vrai, au fait, que nous étions venus pour ça….

Lorsque l’on sait que l’on tourne habituellement autour d’une cinquantaine, j’atténue son désarroi en lui proposant comme dixième rencontre le Rouge gorge congelé qui « fait la boule » dans le buisson d’à côté.

Nous ferons une dernière halte au col de Notre Dame des Abeilles à la recherche d’un ultime piaf pour certains ou d’une grâce divine pour d’autres, avant que nos routes ne se séparent.

Il y a des sorties comme ça, inclassables, mais qui ont au moins le mérite de relancer le débat sur la pertinence de leur maintien le week-end en des lieux non appropriés…

H.B.

Quelques photos de Danièle :